"Conter afin que celui qui écoute puisse entrer dans son propre rêve en se croyant tenu par la main..."  

Pierre-Olivier Bannwarth

    Conteur, Pierre-Olivier se définit comme un artisan-voyageur, un nomade. Issu du Cours Florent en 2002, il participe à la création d'événements culturels en Afrique de l'Ouest. Il rencontre de grandes personnalités du théâtre, du conte ou du chant traditionnel (Yoshi Oïda, Henri Gougaud) auprès desquelles il se forme. Des influences qu'il revendique : "Certains sont fait pour inventer, innover... Je suis né pour transmettre." Pierre-Olivier est l'auteur de La Confrérie des abeilles et Secrets d'abeilles publiés aux éditions Albin Michel. Il vit désormais à Angers. 

    Qui es-tu ?

 

   Mon métier est de raconter des histoires. Si je vous parle du noyau des cellules ou de la formation des étoiles, c'est toujours une histoire qui se raconte. L'univers, pour un conteur, est composé d'histoires, pas de gènes ni d'atomes. C'est une soif de sens comme d'autres ont besoin d'eau qui, depuis toujours, me pousse à voyager, à développer des projets de spectacle vivant : toujours, je suis allé où la soif de sens, des sens, me menait. Et c'est dans l'oralité du conte et du chant traditionnel que j'ai finalement appris à puiser force et beauté, faisant source de belles paroles, belles musiques.

 

    D'où viens-tu ?

 

  Originaire d'Argentan, en Normandie, c'est à Angers que je réalise une première mise en scène pour un festival étudiant. Une pièce reprise pour la clôture du festival "Très Tôt en scène" l'année de sa création, en 1999, au Château du Plessis-Macé. S'en suivent 15 années de vie à Paris. D'abord comme assistant à la mise en scène de la Classe Libre du Cours Florent, puis comme comédien au sein de différentes compagnies théâtrales. Au fil des ans, la création artistique et la curiosité m'ont conduit toujours plus avant vers les sciences humaines, éthologie, éthnologie, psychanalyse... Une question se dégage, celle de la transmission. Je découvre les sociétés traditionnelles et un projet sur l'Odyssée d'Homère me conduit jusque dans l'Afrique d'Hampâté Bâ et de Tierno Bokar. 

 

    Qu'as-tu fait en Afrique de l'Ouest ?

 

    Au Mali en 2008, avec la chanteuse Fantani Touré nous avons créé le festival "Voix de Bamako" pour mettre en lumière les valeurs traditionnelles aujourd'hui menacées. Un festival qui accueillait jusqu'à 10 000 spectateurs avant les conflits armés. L'Afrique, c'est le rappel de l'invisible, un mode de vie où le mystère est encore ancré dans les gestes du quotidien. C'est en rencontrant les Touaregs près de Tombouctou que je découvre la poésie de Dassine et Moussa traduite par Charles de Foucauld. De leur histoire naîtra Le Guerrier & la rose que je raconte, depuis, une lanterne à la main. Ce conte m'a conduit dans l'atelier d'Henri Gougaud que j'ai suivi jusque dans un camp nomade en désert tunisien. Mon apprentissage à ses côtés s'est poursuivi pendant 3 ans. 

 

    Henri Gougaud c'est une rencontre importante ?

 

    Fondamentale. L'oralité n'existe qu'au sein d'un héritage. C'est une transmission de mémoires, d'impressions. On ne dit pas assez qu'Henri a aussi écrit des romans merveilleux. Il y en a cinq ou six qui sont mon pain quotidien. Dans la lignée, au théâtre, je rencontre également l'acteur japonais Yoshi Oïda et surtout Alain Maratrat, tous les deux partenaires de Peter Brook pendant près de 40 ans. J'apprends avec eux à développer ce goût infini pour la recherche, l'intelligence du corps en scène. Au sein de la compagnie que nous avions créé à Paris, nous avons fonctionné pendant 3 ans comme un laboratoire théâtral, à explorer 8 heures/jour cet instrument incroyable qu'est le corps humain, intervenant parfois dans des centres sociaux... Auprès d'Alain Maratrat, je découvre le mythe d'Oedipe et je me nourris au plus grand poème du monde : Le Mahabharata tel qu'il l'a découvert en Indes aux côtés de Brook et de Jean-Claude Carrière. En février 2014, l'ARTA "l'école des maîtres" initiée par A. Mnouchkine à la Cartoucherie de Vincennes nous a invités à animer ensemble un stage d'un mois sur le corps et l'imagination.

 

     Tu travailles aussi le chant traditionnel ?

 

   Oui. Mais surtout l'improvisation vocale. Dans cet exercice, le chant traditionnel est un outil exceptionnel de développement et de transmission. Je retourne plusieurs fois par an à Séville, en Andalousie, où nous travaillons avec le groupe In-Vocazione, un laboratoire international dirigé par la chanteuse italienne Germana Giannini.

 

    Le chant, le théâtre, le conte, l'écriture... Comment ces différentes

    disciplines cohabitent-elles en toi ?

 

    Je ne me suis jamais intéressé aux formes. Chacune trouve sa place naturellement car elles me permettent de développer une qualité de présence et de sentiment différente suivant l'histoire à raconter. Mais toutes sont au service de la vie. A sa manière, chacune cultive l'art de la relation. Au théâtre, j’apprends le collectif, à vivre la création en communauté. Les contes m’apprennent chaque jour à penser la vie, à dire l'incompréhensible de la vie et à entrer en relation avec le monde qui m’entoure, entre ciel et terre. Dans le chant improvisé, tout s’incarne au service de l’instant. Alors effectivement, quand je regarde derrière moi, j’ai l’impression d’avoir fait beaucoup de choses, très différentes. Beaucoup de voyages, de rencontres et de projets dont il ne reste rien d’évident, rien de matériel. Mais toutes ces expériences ont laissé en moi des traces bien vivantes... Cette année, je retourne m'installer à Angers -la ville de mes premières amours- comme si tout recommençait. Je me vois entraîné par le mouvement de la vie, ce qu'on appelait autrefois "le destin" et dont nous avons oublié la signification. Cela ressemble à une préparation pour autre chose qu’il me reste sans cesse à découvrir. Comme si l’essentiel était toujours ailleurs.

 

Propos receuillis en septembre  2014

BIOGRAPHIE

À lire également, le portrait réalisé par la revue l'École des Parents :

30-31 portrait 629 v2-1.jpg
téléchargement.png

 

Quelques dates clés : 

2020 janv - fév  Prix Hibou Farceur : interventions dans 6 classes (CE1-CM2) de 3 écoles du XIXe arrondissement de Paris dans le cadre des Journées pour lequel  "Secrets d'abeilles" est sélectionné.

2018  "La Confrérie des abeilles" et "Secrets d'abeilles" parus aux Éditions Albin Michel.

2017-18  Cycle-Myriagone sur les mythes fondateurs 
du monde entier à Angers.

2016  juill. et oct. Création et direction d'un atelier "conte et imagination créatrice" à l'unité pédopsychiatrique Oxalis d'Aix-En-Provence.

2014 Co-animation du stage "Vivre l'imaginaire, éprouver la scène" avec Alain Maratrat à l'ARTA-Cartoucherie

2012-2013 Le Guerrier & la rose  -  conte touareg (auteur et conteur)               
2011 Œdipe-roi d’après Sophocle (adaptation pour la Cie Trâma) - Krishna – co-écriture avec Alain Maratrat.
2010-2013   Atelier du conte dirigé par Henri Gougaud
2009-2011  Comédien dans l’atelier de recherche de la Cie Trâma http://tramatheatre.com/ Co-direction "Projet-Impro" : travail d'intervention théâtrale en centres sociaux.

2010 Conseiller artistique pour la création du "Festival des 18 montagnes" en Côte d'Ivoire.

2009 Organisateur bénévole pour le Festival au Désert (Tombouctou, Mali) et membre du comité créateur de la Fête de la Musique à Bamako (Mali)
​2008-2010   Créateur et organisateur du Festival au féminin "Les Voix de Bamako" (Mali)
  - Créateur de l'association Kolomba-France (soutien aux femmes excisées du Mali)

2001-2003   Assistant à la mise en scène « Classe Libre » du Cours Florent (Paris) aux côtés de Jean-Pierre Garnier

Comédien pour la Cie Estrarre (Paris) Comédien pour la Cie de la Traversée (Paris)
1998-1999   Comédien et metteur en scène Festival Les Trois Coups (Angers) Comédien et metteur en scène Festival Très tôt en scène (château du Pléssis-Macé)
1998  Le Chant du monde - auteur spectacle multi-vision (Argentan)

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now